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Classicisme

Classicisme

Le classicisme est un mouvement littéraire qui se développe en France, et plus largement en Europe, à la frontière entre le XVIIe siècle et le XVIIIe siècle, de 1660 à 1715. Il se définit par un ensemble de valeurs et de critères qui dessinent un idéal s’incarnant dans l’« honnête homme » et qui développent une esthétique fondée sur une recherche de la perfection, son maître mot est la raison.

La centralisation monarchique, qui s’affirme dès 1630 sous l’autorité de Richelieu d’abord, puis de Mazarin, dépasse le cadre politique pour toucher le domaine culturel. Doctes et littérateurs regroupés dans diverses académies inventent alors une esthétique fondée sur des principes assez contraignants qui amèneront la critique moderne à assimiler, de façon souvent réductrice, classicisme et respect des règles qui doivent permettre la production d’œuvres de goût inspirées des modèles de l’art antique marqués par l’équilibre, la mesure et la vraisemblance.

Le classicisme concerne la littérature du XVIIe siècle, en particulier le théâtre, mais aussi d’autres arts comme la musique, la peinture ou l’architecture (voir l’architecture classique en France).


La notion de « classicisme » pose quelques problèmes de définition. C’est pourquoi il peut être utile de revenir à l’origine sémantique du mot pour en comprendre le sens. Le terme
classicus désigne en latin la classe la plus fortunée de la société. Par glissements successifs, le terme a désigné la dernière classe des auteurs, c’est-à-dire les écrivains de référence, ceux qu’on étudie dans les classes. C’est à partir de ce sens que le mot a été utilisé pour désigner d’une part les auteurs de l’Antiquité dignes d’être imités et d’autre part les auteurs français du XVIIe siècle qui ont développé un art de mesure et de raison en défendant le respect et l’imitation des Anciens. Le terme de classicisme est utilisé pour la première fois par Stendhal en 1817 pour désigner les œuvres qui prennent pour modèle l’art antique par opposition aux œuvres romantiques.Origine et définition de la notion

Le classicisme renverrait à un moment de grâce de la littérature française où l’esprit français se serait le plus parfaitement illustré. Ce moment correspondrait à la seconde moitié du XVIIe siècle, voire plus précisément encore aux années 1660-1680. Cette vision est défendue par les historiens de la littérature du XIXe siècle. De ce fait, le classicisme a servi de repoussoir à tous ceux qui défendaient une littérature moins réglée, à commencer par les romantiques. Le terme de classicisme appliqué à une période de la littérature nationale est propre à la littérature française. Les autres littératures européennes réservent ce terme aux premiers auteurs classiques, c’est-à-dire les auteurs de l’Antiquité grecque qui ont servi ensuite de modèle à toute l’Europe.

Le classicisme à la française ne se définit cependant pas seulement par des critères historiques. Il répond également à des critères formels. Les œuvres classiques reposent sur une volonté d’imitation et de réinvention des œuvres antiques. Elles respectent la raison et sont en quête d’un équilibre reposant sur le naturel et l’harmonie. De ce fait, de nombreuses œuvres du XVIIe siècle ont été écartées par les partisans du classicisme, car elles ne répondaient pas aux normes classiques. Le terme baroque a été plus tard emprunté aux arts plastiques pour désigner cette littérature qui ne rentrait pas dans les cadres théoriques de l’époque, en particulier la littérature de la première moitié du XVIIe siècle. Mais il va de soi que les auteurs du XVIIe siècle n’avaient pas conscience de ces catégories et que la littérature dite baroque a très largement nourri la littérature dite classique. Il en va de même pour le maniérisme qui précède le classicisme et le rococo qui le suit. Roger Zuber définit le classicisme à partir de la notion de goût qui désignerait une capacité à trouver un équilibre juste entre des tendances contraires. Ce goût serait né dans les salons mondains et aurait profondément influencé la littérature de la seconde moitié du siècle.

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Molière, un des artistes favoris de Louis XIV. Le classicisme français atteindra son apogée sous le règne de ce dernier

Littérature

Contextes

La centralisation monarchique qui s’affirme dès 1630 dans le domaine politique sous l’autorité de Richelieu d’abord, puis de Mazarin et de Louis XIV a des conséquences dans le domaine culturel avec la création de l’Académie française en 1635, puis d’autres Académies qui ambitionnent de codifier la langue et de réglementer la composition des œuvres. Il ne faut cependant pas assimiler trop vite autorité politique et autorité culturelle.

D’un point de vue idéologique, la grande question du XVIIe siècle est la question religieuse. Les écrivains classiques sont donc nécessairement pétris de culture religieuse. Certaines œuvres, comme Les Provinciales de Pascal ou l’œuvre de Bossuet relèvent même entièrement de la religion. Beaucoup seront influencés par le jansénisme.

Ce sont les œuvres des doctes qui définissent les théories du goût classique, à travers des lettres, des traités, des arts poétiques. Vaugelas, Guez de Balzac ou Dominique Bouhours légifèrent ainsi sur la bonne utilisation de la langue. Jean Chapelain et l’abbé d’Aubignac définissent les règles du théâtre classique. Ils diffusent ce goût auprès du public mondain des salons qu’ils fréquentent. Les canons littéraires sont définis aussi dans des ouvrages non théoriques, œuvres littéraires, ou préfaces les justifiant. Il en va ainsi chez les plus grands dramaturges : Molière, Racine et surtout Corneille qui fut mêlé à de nombreuses querelles et fit la somme de ses opinions sur l’écriture théâtrale dans Les Trois discours sur l’art dramatique. Il faut cependant remarquer que les dramaturges plaident le plus souvent pour une adaptation des règles qu’ils n’appliquent que rarement à la lettre.

L’enseignement des doctes est en effet fondé sur des règles tirées des modèles grecs et latins. On lit et relit à cette époque La Poétique d’Aristote dont l’interprétation est à l’origine de la plupart des règles du théâtre classique. En poésie, c’est L’Art poétique d’Horace qui sert de référence. Enfin, les auteurs classiques puisent dans les modèles antiques pour créer leurs propres œuvres. Pour autant, elles ne relèvent pas de l’imitation pure. Les grands auteurs ne réutilisent ces modèles que pour en faire des œuvres modernes. Ainsi, si La Fontaine reprend les fables d’Esope et de Phèdre, c’est pour en donner une version moderne dont la morale sociale et politique ne peut être comprise que dans le contexte du XVIIe siècle.

Caractéristiques

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Boileau par Hyacinthe Rigaud

Le classicisme du XVIIe siècle est loin de se limiter à une imitation des Anciens. Doctes et littéraires inventent en fait une esthétique fondée sur des principes d’ordre assez contraignants qui amèneront la critique moderne à assimiler classicisme et respect des règles.

L’écriture classique se veut fondée sur la raison. On y a parfois vu l’influence du rationalisme de Descartes, mais il s’agit plutôt d’un intérêt pour la lucidité et l’analyse. Les héros et héroïnes classiques ne sont en général pas rationnels, mais leurs passions, souvent violentes, sont analysées par l’écriture qui les rend intelligibles[5]. Le classicisme est donc davantage influencé par une volonté de soumettre le déraisonnable à l’ordre de la raison que par un véritable rationalisme qui inspirera plus tard les philosophes des Lumières.

En créant une forme d’ordre, les écrivains classiques recherchent au plus haut point le naturel. Donner l’impression d’une parfaite adéquation entre la forme et le fond et d’une écriture qui coule de source est en effet l’idéal du style classique. À cet égard, le classicisme entre effectivement en tension avec ce que fut le style baroque. Charles Sorel écrit ainsi : « Leur langage naturel qui paraît simple aux esprits vulgaires est plus difficile à observer que ces langages enflés dont la plupart du monde fait tant d’estime. » Cette recherche d’une forme de simplicité dans l’écriture fera l’admiration de nombreux auteurs du XXe siècle tels que Valéry, Gide, Camus, ou Ponge.

Or pour donner l’impression de naturel, il importe avant tout de ne pas choquer le lecteur. C’est pourquoi les règles de vraisemblance et de bienséance jouent un rôle majeur au XVIIe siècle.
La vraisemblance correspond à ce qui peut paraître vrai. L’objectif n’est pas de représenter la vérité, mais de respecter les cadres de ce que le public de l’époque considère comme possible. Boileau a pu dire dans son Art poétique que « le vrai peut quelquefois n’être pas vraisemblable ». Est vraisemblable ce qui correspond aux opinions du public en termes de morale, de rapports sociaux, de niveau de langue utilisé, etc. Le plus grand reproche que l’on ait fait au Cid est de proposer une fin invraisemblable, car la morale ne peut accepter qu’une fille épouse le meurtrier de son père même si le fait est historique.

L’importance de la vraisemblance est liée à l’importance de la morale dans la littérature classique. Les œuvres classiques se donnent en effet pour objectif de « réformer » le public en l’amenant à réfléchir sur ses propres passions. D’après Chapelain le public ne peut être touché que par ce qu’il peut croire et la littérature ne peut aider les hommes à s’améliorer que si elle les touche. Car l’idéal artistique du classicisme s’accompagne d’un idéal moral incarné dans la figure théorique de l’honnête homme. Cette expression résume toutes les qualités que l’on peut attendre d’un homme de Cour : politesse, culture, humilité, raison, tempérance, respect des règles, capacité à s’adapter à son entourage.

Théâtre

Durant la première moitié du XVIIe siècle, on apprécie les tragi-comédies à l’intrigue romanesque et aux décors complexes. Au fur et à mesure du siècle, notamment sous l’influence des théoriciens, les intrigues se simplifient et les décors se dépouillent pour aboutir à ce que l’on appelle aujourd’hui le théâtre classique. L’Abbé d’Aubignac joue un rôle important, car dans La Pratique du théâtre en 1657 il analyse le théâtre antique et le théâtre contemporain et en tire des principes qui constituent les bases du théâtre classique. Cette réflexion sur le théâtre est alimentée tout au cours du siècle par doctes et dramaturges. Boileau dans son Art poétique en 1674 ne fera que reprendre et résumer en des vers efficaces des règles déjà appliquées.

Les règles du théâtre classique

C’est la règle de vraisemblance, expliquée plus haut, qui est à l’origine de toutes les règles du théâtre classique.

  • « Qu’en un jour, qu’en un lieu, un seul fait accompli / Tienne jusqu’à la fin le théâtre rempli. »

Ces deux vers de Boileau résument la fameuse règle des trois unités : l’action doit se dérouler en vingt-quatre heures (unité de temps), en un seul lieu (unité de lieu) et ne doit être constituée que d’une seule intrigue (unité d’action). Ces règles poursuivent deux buts principaux. D’une part il s’agit de rendre l’action théâtrale vraisemblable, car les décors n’ont pas besoin de changer et l’action se déroule en un temps qui pourrait être le temps de la représentation[9]. D’autre part l’action est plus facile à suivre, car les intrigues compliquées mêlant de nombreux personnages sont proscrites au profit d’intrigues linéaires centrées sur peu de personnages. Ces règles ont mené à une forme d’intériorisation des actions. En effet la parole s’est développée au détriment du spectaculaire et les pièces classiques accordent beaucoup de place à l’expression des sentiments et à l’analyse psychologique.

  • La règle de bienséance oblige à ne représenter sur scène que ce qui ne choquera pas le public. On écarte la violence physique, mais aussi l’intimité physique. Les scènes violentes doivent ainsi être racontées par un personnage. Quelques exceptions sont restées célèbres comme les morts de Phèdre et de Dom Juan dans les pièces éponymes de Racine et de Molière ainsi que la folie du personnage d’Oreste dans Andromaque.

Tragédie

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Portrait de Racine.

La tragédie n’existe pas pendant le Moyen Âge français. Elle renaît au cours du XVIe siècle suite à la relecture des tragiques anciens. Elle se transforme tout au cours du XVIe et du XVIIe siècle. Elle évolue d’abord vers ce qu’on a appelé tragi-comédie en se nourrissant d’intrigues de plus en plus romanesques. Mais doctes et dramaturges défendent un retour vers un modèle plus conforme aux canons antiques et elle devient finalement le grand genre de l’époque classique. C’est pourquoi les règles énoncées ci-dessus s’appliquent prioritairement à la tragédie.

La tragédie se définit alors d’abord par son sujet et ses personnages. Une pièce tragique se doit d’avoir un sujet mythique ou historique. Ses personnages sont des héros, des rois ou du moins des personnages de la très haute noblesse. Le style adopté doit être en accord avec la hauteur de ceux qui profèrent le texte. La plupart des tragédies sont écrites en alexandrins et elles respectent toujours un style élevé. On a souvent assimilé tragédie et fin malheureuse. Même s’il est vrai que la majorité des tragédies finissent mal, ce n’est pas un critère de définition, car certaines tragédies finissent bien[10].

Comme dans le théâtre antique, la tragédie a une fin morale. Elle doit permettre aux spectateurs de s’améliorer sur le plan moral en combattant certaines de leurs passions. À la suite d’Aristote, on considère que la tragédie doit inspirer « terreur et pitié » face au destin de héros broyés par les conséquences de leurs erreurs. Ces deux sentiments doivent permettre aux spectateurs de se désolidariser des passions qui ont poussé les héros à agir et donc de ne pas les reproduire eux-mêmes. Par ailleurs, les théoriciens classiques ont repris à Aristote la notion de catharsis qui signifie approximativement purgation des passions. L’idée est qu’en voyant des personnages animés de passions violentes, les spectateurs accompliront en quelque sorte leurs propres passions et s’en libéreront.

Le grand tragédien classique est Racine. Il écrit des tragédies où les héros sont condamnés par la fatalité, enfermés dans un destin qui révèle l’absurdité de leur existence et ne peut les mener qu’à la mort.
Corneille évolue au cours de sa carrière du baroque au classique. Ses tragédies valorisent beaucoup plus le héros qui, quoique souvent condamné à une issue fatale, se réalise effectivement comme héros dans ses pièces. Corneille a d’ailleurs pu proposer l’identification au héros comme mode d’édification possible du spectateur.
Par ailleurs, se développent à l’époque classique des tragédies lyriques. Ce genre est notamment représenté par Philippe Quinault qui travaille en collaboration avec Jean-Baptiste Lully. Il mènera à la création de l’opéra français.

Comédie

La comédie de l’époque classique est très fortement dominée par la figure de Molière même si les auteurs comiques étaient fort nombreux[11]. La comédie est beaucoup moins encadrée par des règles explicites que la tragédie, car, considérée comme un genre mineur, les théoriciens ne s’y intéressent guère. On ne dispose d’ailleurs pas de la partie de la Poétique qu’Aristote aurait consacrée aux œuvres comiques[12].

Pour autant, un auteur comme Molière essaie de redonner une forme de noblesse à la comédie et s’inspire pour cela des règles du théâtre classique. Si l’unité d’action est rarement respectée, l’unité de lieu et de temps l’est assez souvent. Surtout, à la suite de Corneille, il travaille la comédie d’intrigue inspirée des comédies latines de Térence et Plaute[13]. Il s’inspire donc des Anciens. Mais il s’éloigne également de la farce pour contribuer au développement de comédies nouvelles. Elles sont fondées sur des intrigues complexes et peuvent être jouées en trois ou cinq actes. Leurs personnages ne peuvent certes pas appartenir à la grande noblesse, mais ils relèvent souvent de la bourgeoisie ou de la petite noblesse. De ce fait, si le langage est de registre courant et parfois même familier, le style n’est pas nécessairement très bas. Certaines comédies sont même écrites en alexandrins. Molière se sert des effets comiques assez grossiers hérités de la farce et de la commedia dell’arte (bastonnades, quiproquos, etc.), mais ses comédies sont à la recherche d’un équilibre qui n’est pas sans rapport avec le bon goût classique.

La dimension morale présente dans la tragédie se retrouve également dans la comédie. Les comédies se moquent en effet des défauts des hommes. Les spectateurs devraient ainsi pouvoir s’éloigner des défauts représentés en riant du ridicule des personnages. Quand Molière ridiculise l’hypocrisie des faux dévots dans Tartuffe, il espère lutter contre cette hypocrisie. La célèbre formule « castigat ridendo mores »[14] est d’origine incertaine, mais elle a été reprise par Molière. Elle exprime une idée développée par Horace dans son art poétique et résume cette volonté d’utiliser le rire comme vecteur d’instruction. Le théâtre de Molière est à la fois classique et baroque[réf. nécessaire].

Roman

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Madame de La Fayette

Le roman est considéré comme un genre très mineur à cette époque. La plupart sont d’ailleurs publiés anonymement, car une personnalité un peu considérée pouvait difficilement s’avouer auteur de romans. La première partie du siècle est caractérisée par des romans très longs et très complexes. À l’âge classique, ces romans se transforment en nouvelles. Les intrigues se simplifient considérablement. Elles puisent dans un fond historique assez récent alors que les romans baroques préféraient l’Antiquité.

Saint-Réal écrit en 1672 Don Carlos première « nouvelle historique » qui raconte l’histoire de Don Carlos d’Espagne, fils de Philippe II d’Espagne. Madame de La Fayette situera l’action de La Princesse de Clèves, chef-d’œuvre du genre, à la Cour d’Henri II de France, soit approximativement à la même époque. Ce roman représente d’ailleurs bien les ambiguïtés du classicisme, car il s’éloigne des romans sentimentaux par son volume modeste et la sobriété de son écriture, mais il reprend certains traits de la préciosité dans la peinture des sentiments. Madame de La Fayette était en effet une grande précieuse et son souci n’était pas de s’opposer en tout à une période qui l’aurait précédée.

La poésie en général

Le XVIIe est un siècle de fermentation littéraire, et l’on y voit revivre tous les genres antiques. En effet, au XVIe (période dite baroque), un certain « chauvinisme culturel » avait conduit les poètes à se servir de formes moyenâgeuses (rondeaux, triolets, madrigaux, chansons, sonnets), en réaction contre le recours systématique aux genres anciens… Le XVIIe siècle, lui, verra paraître des odes (genre déjà utilisé par Ronsard il est vrai), comme celle sur la prise de Namur de Boileau, ou celles, moins connues, sur Port Royal des Champs, par Racine. On voit renaître les épigrammes, comme celles de Martial ou d’Ovide, les épîtres ou les satires du style d’Horace (cf notamment Boileau.). L’on assiste aussi à la renaissance de l’épopée de type Homérique ou Virgilienne. Mais ce genre ne connait aucun succès. Voire notamment la Pucelle de Chapelain, décriée par Racine et Boileau. Seul le Lutrin de Boileau, épopée satirique, nous reste familier. Jean Pierre Collinet lorsqu’il a établi des éditions des œuvres de Boileau et Perrault, a fait remarquer que le XVIIe siècle est, malgré les apparences, un siècle sans poésie et que seuls La Fontaine ou Racine échapperaient à cette règle.[citation nécessaire]

Autres genres

  • La poésie officielle ;
  • La poésie burlesque (Paul Scarron) ;
  • La poésie mondaine (Nicolas Boileau) ;
  • Les maximes (François de La Rochefoucauld) ;
  • Le portrait (Jean de La Bruyère) ;
  • La fable (Jean de La Fontaine).

Musique

Articles détaillés : Musique de la période classique et Classicisme viennois.

Dans le domaine de la musique, et plus précisément, dans celui de la musique occidentale, le mot « classicisme » revêt trois sens principaux :

  • la musique classique « au sens large » : Dans cette première acception, le classicisme renvoie à la musique occidentale savante, composée depuis la fin du Moyen Âge jusqu’à nos jours — par opposition à la musique traditionnelle et à la musique populaire. On parle alors de musique classique.
  • la musique de la période classique : Dans un sens plus étroit, le classicisme désigne une période précise de la musique occidentale savante, à savoir : la deuxième moitié du XVIIIe siècle. On parle alors de musique de la période classique. Elle débute avec la mort de Bach (1750) et se termine avec la mort de Beethoven (1827). Beethoven, toutefois, est un préromantique et on peut même le considérer comme le père du romantisme, la transition entre le classicisme et le romantisme.
  • s’applique à des œuvres ayant une réputation établie et impliquant la notion de modèle d’excellence

Ici, il est question de la musique de la période classique (soit le 2e point)

Points généraux

  • cette période est marquée par le rationalisme philosophique
  • les artistes cherchent un idéal esthétique. On voit l’apparition des concerts publics, des arts de clarté et de rationalité, le goût de la sobriété, de la simplicité et de la cohérence.
  • il y a une admiration pour les Anciens (Grec et Romains).
  • il y a recherche de l’équilibre, une maîtrise de l’expression, un Idéal harmonique, d’ordre, de naturel de symétrie
  • la recherche de la vraisemblance.

Dates

En musique, le style classique viennois couvre les années 1775–1825. La période qui précède (1725 à 1775), période de transition entre le Baroque et le Classicisme viennois (La ville de Vienne en Autriche sert d’assise au développement du style classique), se nomme le style galant

Principaux genres Instrumentaux

  • la symphonie
  • le quatuor à cordes
  • la sonate (principalement pour piano)
  • concerto pour soliste
  • l’opéra

Principales formes

  • forme sonate
  • menuet
  • rondo
  • lied
  • thème et variation

Compositeurs représentatifs

  • Franz Joseph Haydn (1732-1809)
  • Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791)
  • Ludwig van Beethoven (1770-1827)

Textuellement repris de Littérature musicale 1 voir bibliothèque

Peinture

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De façon générale, dans l’histoire de la peinture, le classicisme peut s’entendre au moins de deux façons principales :

  • en tant que catégorie métahistorique et entendue « au sens large », la peinture classique devient synonyme de peinture académique, qui repose avant tout sur le réalisme et la figuration, et représente les choses de manière prétendument objective, traditionnelle[15], voire un peu mièvre, et ne cherche à aucun prix à provoquer de scandale. Ce sens est d’ailleurs généralement assez dépréciatif.
  • en tant que catégorie historique et entendue au sens restreint, la peinture classique est un courant artistique qui s’oppose au mouvement baroque, que ce soit au niveau de la facture, de la composition ou des sujets privilégiés[16][17]. Après les excès du Maniérisme, un certain nombre de peintres du XVIIe et XVIIIe siècles décident d’une sorte de retour à l’ordre et souhaitent retrouver l’équilibre[18] et la perfection atteinte notamment par les artistes de l’antiquité et retrouvée par les peintres de la fin de la Renaissance.

La peinture classique est fondée principalement sur l’œuvre de Raphaël, qui en demeurera la référence. Elle tend vers un idéal de perfection et de beauté, à travers des sujets nobles, de préférence inspiré de l’antiquité ou de la mythologie gréco-latine tels que les figures héroïques, les victoires ou la pureté des femmes.

Les peintres classiques cherchent à symboliser le triomphe de la raison sur le désordre des passions : la composition et le dessin doivent primer sur la couleur, le concept sur la séduction des sens[19]. C’est pour cela que des règles précises et strictes doivent exprimer la représentation de la nature. La composition est donc presque toujours symétrique ou – au moins – équilibrée, et les personnages toujours ramenés à des proportions plus réduites et représentés en pied, le hors-cadre étant quasiment banni. D’autre part le décor, et tout particulièrement la nature, doit refléter et créer comme un « écho » au sujet principal et reprendre les mêmes thèmes[20].

La peinture classique porte à la méditation et étudie les maîtres nouveaux pour exprimer la morale et, par ailleurs, le drame[21]. Les cortèges triomphaux occupent une large place ainsi que les sujets qui exaltent les sentiments nobles.

Parmi les plus grands représentants de la peinture classique, on compte un grand nombre de peintres français, le mouvement ayant une influence considérable dans le pays grâce à la prédominance[22] du classicisme en architecture[23] sous le règne de Louis XIV[24], et notamment Philippe de Champaigne, Nicolas Poussin et Charles Le Brun.

Sculpture

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Groupe du Laocoon, attribué à Agésandros, Athénodore et Polydore, copie d’une œuvre hellénistique datant d’environ 220 av. J.-C., musée Pio-Clementino, Vatican.

Article détaillé : Sculpture classique.

Le terme de sculpture classique désigne une forme et un style sculpture correspondant à celle produite dans la Grèce antique, la Rome antique et les civilisations sous le contrôle ou l’influence hellénistique et romaine entre le Ve siècle av. J.-C. et la chute de Rome en 476. Cela désigne également des sculptures plus récentes, réalisées selon un style classique, c’est-à-dire inspirées de l’Antiquité. La sculpture classique était d’ailleurs très populaire pendant la renaissance.

Outre les statues sur pied, le terme regroupe également les sculptures en reliefs, comme les célèbres marbres d’Elgin du Parthénon, ainsi que les bas-relief. Alors que les œuvres sculpturales insistent sur la forme humaine, les reliefs sont généralement plutôt utilisés pour concevoir des scènes décoratives.

Architecture

Article détaillé : Architecture classique.

L’architecture classique française est issue de l’admiration et de l’inspiration de l’Antiquité. Elle fut inventée pour magnifier la gloire de Louis XIV puis rayonna dans toute l’Europe. Cette architecture devient à l’étranger le reflet de la puissance du roi de France.

L’esthétique de cette architecture se rapproche des canons grecs et romains reconnus comme des références idéales. Elle puise aussi ses origines des éléments de la Renaissance.

L’architecture classique se caractérise par une étude rationnelle des proportions héritées de l’Antiquité et par la recherche de compositions symétriques. Les lignes nobles et simples sont recherchées, ainsi que l’équilibre et la sobriété du décor, le but étant que les détails répondent à l’ensemble. Elle représente un idéal d’ordre et de raison.

L’influence des châteaux tels que ceux de Versailles, Grand Trianon, Vaux-le-Vicomte est à l’origine du rayonnement de cette architecture à l’étranger.

Dans : caracteristiques du classicisme
Par ermelindabilcari
Le 17 juin 2013
A 20 h 36 min
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Romantisme

 

Le romantisme est un mouvement culturel apparu à la fin XVIIIe siècle en Allemagne et en Angleterre et se diffusant à toute l’Europe au cours du XIXe siècle, jusqu’aux années 1850. Il s’exprime dans la littérature, la peinture, la sculpture, la musique et la politique.

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Caspar David Friedrich, Le Voyageur contemplant une mer de nuages, 1817-1818 (Kunsthalle de Hambourg).

Il se caractérise par une volonté d’explorer toutes les possibilités de l’art afin d’exprimer ses états d’âme : il est ainsi une réaction du sentiment contre la raison, exaltant le mystère et le fantastique et cherchant l’évasion et le ravissement dans le rêve, le morbide et le sublime, l’exotisme et le passé. Idéal ou cauchemar d’une sensibilité passionnée et mélancolique. Ses valeurs esthétiques et morales, ses idées et thématiques nouvelles ne tardèrent pas à influencer d’autres domaines, en particulier la peinture et la musique.

Etymologie

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Le Romantique, lithographie satirique de Mantoux et Cheyère. BNF, Paris.

L’adjectif romantic nait en Angleterre vers 1650, dérivé du français « roman/romanz », il fait référence aux romans du Moyen Âge, les récits versifié en langue romane, par opposition aux ouvrages rédigés en latin : « Romantic est proche de médiéval ou de gothique d’un côté, de romanesque, merveilleux, fabuleux, imaginaire ou fictif de l’autre[1]. » Traduit en romantisch, l’adjectif passe en Allemagne à la fin du XVIIe siècle, où cette idée de « qui est semblable au roman » prend une connotation péjorative pour « éveiller dans l’âme le goût dangereux des chimères. » Au cours du XVIIIe siècle siècle, il prend la signification de « comme dans un tableau », devenant synonyme de pictural car « dans l’expérience romantique, la nature est perçue à travers le prisme de l’art (originellement, le roman). » C’est dans cette acception que le mot fait son entrée dans la langue française avec Les rêveries du promeneur solitaire de Jean-Jacques Rousseau où il donne le qualificatif de romantique aux rives sauvages du lac de Bienne. Coïncidant avec la mode du jardin anglais organisant la nature comme dans un tableau, il s’associe à la notion de pittoresque.

À la fin du XVIIIe siècle en Allemagne, le romantisme, revenant à son sens médiéval, s’oppose à l’Antiquité et au Classicisme. Dans les années 1797-1798, Novalis forge le mot romantisieren, désignant un processus de poétisation du monde : « Le monde doit être romantisé. […] Cette opération est encore totalement inconnue. En conférant aux choses secrètes une haute signification, au quotidien un mystérieux prestige, au connu la dignité de l’inconnu, au fini l’apparence de l’infini, je les romantise[4]. » August Wilhelm Schlegel, dans ses Cours de littérature dramatique, diffuse le concept de romantique en Europe, ramenant la poésie romantique à la poésie moderne, marquée par la tradition chrétienne, progressive, ouverte aux mélanges des genres.

Historique

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Caspar David Friedrich, Falaise de craie sur l’île de Rügen, 1818.

« Le romantisme qui fut un phénomène de portée révolutionnaire dans tous les arts plonge ses racines au cœur même du siècle des Lumières. Ses principes constitutifs furent formulés pour la première fois en Allemagne entre 1770 et 1780 par les représentants du Sturm und Drang (Tempête et Passion), le nom du mouvement, emprunté au titre d’un drame de Friedrich Maximilian Klinger, trahissait la portée contestataire de son programme idéologique. Mû par un sentiment de révolte à l’égard de la culture dominante des Lumières, le Sturm und Drang célébrait la force irrépressible du sentiment et le culte de l’individualité, considérés comme les préalables nécessaires à toute activité créatrice. Il ne s’agissait pas d’une rupture brutale avec le présent, mais d’une élaboration du culte du sentiment et du grand mythe de la nature énoncés par Jean-Jacques Rousseau au milieu du XVIIIe siècle. […] Une des idée les plus novatrice de ce mouvement fut le concept de génie artistique, irrationnel et créatif, non plus discipliné par la raison comme pour les Lumières, mais animé d’une liberté intérieure capable de briser le carcan des codes et des conventions, puisant au contraire dans la subjectivité et prêtant l’oreille à l’inspiration divine, à l’intuition, aux passions. Ainsi s’esquissait le portrait de l’homme révolté, d’un surhomme se mesurant avec Dieu. Ainsi naissait, surtout, une nouvelle conception de l’art, compris comme liberté absolue de création, qui refusait les contraintes imposées par les règles et les traditions, et qui revendiquait le droit de l’imagination individuelle à s’exprimer selon son propre langage. » Si le Sturm und Drang ouvre la voie au Romantisme, par le déferlement des passions et la spontanéité de l’individu, leurs modèles de beauté se référaient encore aux canons classique, aux œuvres de l’Antiquité.

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Le Rêve d’Ossian, par Ingres, 1813

Le véritable rejet du classicisme fut exprimé par les collaborateurs de la revue Athenaeum, fondée en 1798 par les frères Schlegel. Avec Ludwig Tieck, Schelling et Novalis ils formèrent le “groupe d’Iéna”. « Rejetant les modèles grecs et romains à l’époque où triomphait l’esthétique néo-classique, cette conception privilégiait l’expression de l’irrationnel et le mysticisme, le sentiment de l’infini et de l’immensité, le rapport entre la nature et le sentiment intérieur. »

En Angleterre, l’essai d’Edmund Burke, Recherche philosophique sur l’origine de nos idées du sublime et du beau, paru en 1756, eut une influence considérable, sur la peinture du sublime et sur le mysticisme du paysage, tel que l’illustra Caspar David Friedrich. « En interprétant le sentiment du sublime comme un état d’âme provoqué par les violentes manifestations de la nature qui, par les cataclysme ou les visions troublantes, frappent l’homme de stupeur, Edmund Burke rompait avec la conception classique de la nature, source d’harmonie et de sérénité… » En 1762, James Macpherson publiait ses Poèmes d’Ossian, dont le succès provoqua une vague de celtomanie dans toute l’Europe. Inspiré d’ancien poèmes Gaëlique, Macpherson les réécrit et les attribue à un barde écossais du IIIe siècle. En 1764, Le Château d’Otrante d’Horace Walpole inaugurait le genre du « roman noir », dont le décor ténébreux et les atmosphères effrayantes correspondaient à ce que Burke avait défini comme le « sublime ».

La tourmente de la Révolution française puis de l’Empire provoque un bouleversement, politique, social et culturel dont les effets se font sentir dans l’Europe entière. Dans le même temps se diffusent les idées du Romantisme allemand : « Sous l’Empire, tout un groupe d’écrivains, dont Madame de Staël est le plus célèbre représentant, plaident la cause allemande aux dépens de la tragédie et du poème classiques. Le Nord c’est la nostalgie, les sentiments sombres, l’infini. “Ce que l’homme a fait de plus grand, comme l’écrit en 1800 Madame de Staël, il le doit au sentiment douloureux de l’incomplet de sa destinée. … le sublime de l’esprit, des sentiments et des actions doit son essor au besoin d’échapper aux bornes qui circonscrivent l’imagination”. »

Thématiques

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Grand combat entre le Romantique et le Classique à la porte du musée. 1827. Lithographie. BNF, Paris.

Le romantisme est une nouvelle sensibilité, s’opposant au Classicisme, aux Lumières et à la rationalité. Elle proclame le culte du moi, l’expression des sentiments jusqu’aux passions…
« Issu de bouleversements politiques et sociaux sans précédent, il met l’homme et l’artiste devant un destin, improbable, inquiétant. Cette vision dramatique de l’humanité est alors commune à tous les arts, même au théâtre et à l’opéra, sous la magnificence des décors … Le réel, que les romantiques rendent expressif, dramatique, l’emporte sur le beau idéal. » Neuve et subversive, cette sensibilité se manifeste dans la littérature et les arts plastiques par un renouvellement thématique, le Moyen Age, l’Orient, l’époque napoléonienne, la littérature étrangère…etc

 

  • Le mal du siècle : Musset en 1836 dans La Confession d’un enfant du siècle résume le mal dont souffre la jeunesse française : « Toute la maladie du siècle présent vient de deux causes ; le peuple qui a passé par 93 et par 1814 porte au cœur deux blessures. Tout ce qui était n’est plus ; tout ce qui sera n’est pas encore. Ne cherchez pas ailleurs le secret de nos maux. »

Le romantisme en Littérature

Le romantisme allemand

Article détaillé : Romantisme allemand.
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Portrait de Novalis

Le premier romantisme, appelé Frühromantik, naît en Allemagne à Iéna. Le cercle de Iéna est très cosmopolite. Il est composé de figures telles que Novalis, Ludwig Tieck, Frédéric Schlegel qui se réclamaient proches de la pensée de Fichte. Ce sont eux qui élaboreront la doctrine romantique et le romantisme politique. Après 1804, le romantisme allemand prend une nouvelle direction, c’est la Hochromantik de l’école de Heidelberg avec des noms tels que Clemens Brentano, Joseph von Eichendorff, Achim von Arnim et les Jacob et Wilhelm Grimm. Ils se sont moins penchés vers la réflexion que vers le réel et se sont finalement tournés vers le nationalisme culturel. La dernière période, la Spätromantik, s’étend de 1815 à 1848.

Le romantisme britannique

Article détaillé : Romantisme britannique.
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Lord Byron en tenue Albanaise

Dans les années 1760 les Graveyard Poets (« les Poètes du cimetière »), en particulier Blair et son Élégie d’un cimetière de campagne’’, sondent les sentiments liés au deuil, à la perte et à l’anéantissement, voire à l’horreur de la putréfaction des corps, les émotions malséantes.

En 1764, Horace Walpole avec son roman Le château d’Otrante, créé un nouveau genre : le roman gothique (The Gothic Novel). Repris par Ann Radcliffe, dont Les Mystères d’Udolfe, le Roman de la forêt et L’Italien connaissent un vif succès, ces romans noirs exaltent le goût pour le morbide, le terrifiant, le mystère, autant que l’inquiétante étrangeté des ruines médiévales.

Avec son Pèlerinage de Childe Harold paru en 1813, Lord Byron connaît une célébrité foudroyante. Son héros qui traine sa mélancolie désenchantée à travers l’Europe et l’Orient devient le modèle du héros byronien que l’on retrouve dans ses poèmes orientaux : Le Corsaire, le Giaour, La Fiancée d’Abydos… Sa vie scandaleuse et sa mort en 1824 à Missolonghi, pour la cause de l’indépendance grecque, le transforme en mythe. Son influence poétique et politique sur toute la jeunesse européenne est immense : les auteurs veulent écrire comme Byron [N 1], les révolutionnaires veulent mourir pour la liberté comme Byron [N 2].

Le romantisme français

Article détaillé : Romantisme français.

Si le romantisme a été en Allemagne en partie un retour aux fonds primitif et indigène, en France, ce fut au contraire une réaction contre la littérature nationale. Les littératures anglaise et allemande ne s’étaient asservies que momentanément à la discipline du classicisme, sous l’influence prédominante de notre grand siècle ; et ce qu’on appelle proprement romantisme outre-Manche et outre-Rhin c’est la période littéraire où le génie septentrional, reprenant conscience de lui-même, répudie l’imitation française. En France, au contraire, pays de culture et de tradition gréco-latines, la littérature était classique depuis la Renaissance, et l’on appelle romantiques les écrivains qui, au début du XIXe siècle, se sont affranchis des règles de pensée, en opposition au classicisme et au réalisme des philosophes du XVIIIe siècle.

Pas plus qu’en Allemagne, cette révolution ne s’est accomplie d’un seul coup en France. À cause de son caractère de rupture avec la tradition nationale, et non avec des habitudes passagères, d’importation étrangère, elle a été plus tardive et a eu plus de peine à se réaliser. Commencée en réalité vers 1750, elle n’a atteint son terme qu’un siècle plus tard. Préparée au XVIIIe  siècle , contenue et même refoulée pendant la Révolution et l’Empire, elle n’est arrivée à maturité que sous la Restauration et son triomphe ne s’est affirmé vers 1830 qu’après des luttes ardentes et passionnées.

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La Grande Chevauchée de la Postérité. Monté sur le Pégase romantique, Hugo, « roi des Hugolâtres, armé de sa bonne lame de Tolède et portant la bannière de Notre-Dame de Paris », emmène en croupe Théophile Gautier, Cassagnac, Francis Wey et Paul Fouché. Eugène Sue fait effort pour se hisser à leur niveau et A. Dumas presse le pas, tandis que Lamartine, dans les nuages, se « livre à ses méditations politiques, poétiques et religieuses. » Gravure satirique de Benjamin Roubaud.

Le Romantisme dans les arts

Peinture

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Eugène Delacroix, La Mort de Sardanapale, 1827, Musée du Louvre, Paris

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Caspar David Friedrich, Abbaye dans une forêt de chênes, 1809-1810.

Sculpture

Peinture

Dans : types de genres litteraire
Par ermelindabilcari
Le
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Genre littéraire

Genre littéraire

Un genre littéraire est une notion de type catégorielle qui permet de classer des productions littéraires en prenant en compte des aspects de forme (genre poétique, genre narratif ou genre dramatique), de contenu (entre autres : roman d’aventure, journal intime, théâtre de boulevard, etc.), ou encore de registre (fantastique, tragique, comique notamment). Divers critères peuvant se combiner et se chevaucher pour déterminer des catégories secondaires, la liste des genres n’étant en effet pas close. Le débat sur la constitution des genres littéraires existe depuis Platon et surtout depuis l’ouvrage majeur en la matière d’Aristote : la Poétique .

Le fait d’inscrire une œuvre dans un genre aide à susciter des horizons d’attente, d’après Hans Robert Jauss, plus ou moins précises chez le lecteur. Selon la façon dont une œuvre est présentée (roman, autobiographie, comédie, drame…), le lecteur s’en fait une représentation plus ou moins stéréotypée, mais qui peut par la suite être remise en question lors de la lecture. Le genre est donc, avant tout, une convention qui donne un cadre en plus d’être une forme plus ou moins précise.

Un genre littéraire est aussi un premier échange entre l’auteur et le lecteur qui se fait au moyen du paratexte. L’étiquetage du genre est parfois délicat à déterminer comme pour l’autofiction qui joue sur réalité et imaginaire entre roman et autobiographie, le roman à thèse comme Le Dernier Jour d’un condamné qui appartient à la fois au genre du roman et au genre argumentatif, ou encore pour l’épopée, genre à la fois narratif et versifié.

Les genres sont avant tout une classification commode à manier en pédagogie, permettant d’appréhender les caractéristiques des productions littéraires. Nombre d’auteurs et d’universitaires ont proposé des classifications.


Article détaillé :
Poésie.Poétiques

Les genres poétiques présentent une grande variété des formes qui ont évolué avec les siècles. Ils sont pour l’essentiel associés à des conventions techniques et typographiques comme la mise en page des vers ou les différents mètres. Caractérisés par le travail de la forme, ils se singularisent par la musicalité, l’expression des émotions et la force de suggestion (images).

  • Art poétique
    • Aube
    • Ballade
    • Calligramme
    • Chanson
    • Chant royal
    • Élégie
    • Épigramme
    • Épopée
    • Fable
    • Fatrasie
    • Haïku
    • Lai
    • Miscellanées
    • Motet
    • Nouvelle
    • Ode
    • Pastourelle
    • Poème autobiographique
    • Poésie en prose
    • Poème de cinq lignes
    • Oaristys
    • Rondeau
    • Rondel
    • Triolet
    • Sestina
    • Sextine
    • Serventois
    • Sirvente
    • Sonnet
    • Villanelle
    • Virelai

Narratifs

Article détaillé : Narration.

Les genres narratifs sont caractérisés par le récit de l’enchaînement plus ou moins complexe des événements, des péripéties avec la possibilité d’en établir le schéma narratif et de définir le principe général de l’action par le schéma actanciel qui expose les différents rôles présents dans le récit. On peut également définir le statut du narrateur (ou des narrateurs), distinct(s) de l’auteur sauf mention particulière, ainsi que les points de vue narratifs choisis et la structure chronologique de l’œuvre. Polymorphes, les genres narratifs exploitent aussi bien les différents discours (direct, indirect, indirect libre) et la description (cadre spatio-temporel, portraits) que le récit proprement dit (péripéties), le commentaire ou l’expression poétique. Ils se déterminent aussi par leur longueur, leur rapport au réel et au fictionnel ainsi que par leur objet comme l’écriture de soi dans l’autobiographie.

  • Roman
    • Roman courtois
    • Roman historique
    • Roman épistolaire
    • Roman-mémoires
    • Roman d’amour
    • Roman industriel
    • Nouvelle fiction
    • Non-fiction
    • Roman d’aventures
      • Roman noir
      • Roman policier
      • Roman d’espionnage
      • Mondes perdus
    • Science-fiction
      • Anticipation
      • Cyberpunk
      • Steampunk
      • Space Opera
      • Science-fiction humoristique
      • Fantasy
        • Light fantasy
        • High fantasy
        • Catégorie:Fantasy humoristique
    • Horreur
  • Biographie
    • Autobiographie
    • Autofiction
    • Journal intime
    • Mémoires
  • Conte
  • Épopée
    • Chanson de geste
  • Nouvelle
  • Nanolittérature :
    • Micronouvelle
    • Twittérature
    • Fragment
  • Témoignage
    • Reportage

Théâtraux

Article détaillé : Théâtre (genre littéraire).

Les genres théâtraux sont marqués par l’oralité et l’éphémère, par la double énonciation et la fonction du comédien et aussi par les données pratiques du spectacle. Ils sont souvent catégorisés en sous-genres plaisants (comédie) ou sérieux (tragédie).

  • Pièce de théâtre
    • Tragédie
    • Comédie
    • Tragicomédie
    • Sotie
    • Farce
    • Moralité
    • Drame
    • Miracle
    • Mystère
    • Proverbe

Épistolaires

Les genres épistolaires consistent en correspondance authentique où l’on rencontre aussi bien la confidence que la prise de position, et les lettres fictives, avec le cas particulier du roman par lettres (ex. Les Liaisons dangereuses) délicat à catégoriser.

  • Lettre (Madame de Sévigné)
  • Épître

Argumentatifs

Ils cherchent à convaincre et à séduire en prenant parti avec des stratégies argumentatives variées incluant le traitement des thèses en présence (modalisation), le rapport entre le locuteur et le destinataire comme dans le maniement des arguments et des exemples.

  • Essai
  • Apologue
    • Fable
    • Fabliau
    • Conte philosophique
    • Parabole (rhétorique)
  • Pamphlet
  • Livre didactique (voir l’article, qui en possède une liste assez longue)
  • Sermon
    • Prêche
    • Bulle
    • Encyclique
  • Parodie (littérature)
  • Portrait
  • Pensées

Descriptifs

Ils sont rares. Exemple : le portrait, souvent avec une visée argumentative (La Bruyère) est classé comme tel.

Graphiques

  • Bande dessinée : on retrouve les mêmes genres (aussi appelés thèmes) en bande dessinée que dans la littérature classique (ex : Fantaisie et policier). Par simplicité, on a l’habitude de dire du franco-belge, du manga ou du comics qu’ils sont un genre de BD (alors, qu’en réalité, ils sont surtout un type et un format de BD).
    Il existe néanmoins d’autres genres (narratifs et /ou graphiques) spécifiques à la BD (quel que soit le type ou le format dans lequel l’œuvre est publiée) :

    • roman graphique (récit qui raconte une histoire à la manière d’un roman, sans forcément qu’il puisse appartenir à un autre genre narratif ou graphique).
    • bande dessinée historique
      • western
      • pirates
      • croisades
    • Aventures
    • Romance (histoire sentimentale)
    • Policier
      • thriller
      • Roman noir
      • Roman à énigme
    • Fantastique
      • Science-fiction
        • Cyberpunk
        • Steampunk
        • Space Opera
        • Anticipation
        • Fantasy
          • Dark
          • Urbaine
          • Heroic
          • Light
          • Romantic
          • Space
  • Comic

On pourra cependant classer ici quelques genres liés au type manga (genre que l’on retrouve sous d’autres noms en comics ou en BD franco-belge) :

  • Manga
    • Ecchi
    • Hentai
    • Shōjo
    • Shōnen
    • Seinen
    • Redisu ou Josei
    • Seijin
    • Yaoi
    • Yuri

Expérimentaux

  • Complexe
  • Contrainte
  • Expérimentale
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Par ermelindabilcari
Le
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Littérature

Littérature

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Arcimboldo, Le Bibliothécaire

Le mot littérature, issu du latin litteratura dérivé de littera (la lettre), apparaît au début du XIIe siècle avec un sens technique de « chose écrite » puis évolue à la fin du Moyen Âge vers le sens de « savoir tiré des livres », avant d’atteindre aux XVIIe ‑ XVIIIe siècles son sens principal actuel : ensemble des œuvres écrites ou orales comportant une dimension esthétique (ex. : Une autre histoire de la littérature française, Jean d’Ormesson) ou activité participant à leur élaboration (ex. : « Se consacrer à la littérature »).

La littérature se définit en effet comme un aspect particulier de la communication verbale — orale ou écrite — qui met en jeu une exploitation des ressources de la langue pour multiplier les effets sur le destinataire, qu’il soit lecteur ou auditeur. La littérature — dont les frontières sont nécessairement floues et variables selon les appréciations personnelles — se caractérise donc, non par ses supports et ses genres, mais par sa fonction esthétique : la mise en forme du message l’emporte sur le contenu, dépassant ainsi la communication utilitaire limitée à la transmission d’informations même complexes. Aujourd’hui la littérature est associée à la civilisation des livres par lesquels nous parlent à distance les auteurs, mais elle concerne aussi les formes diverses de l’expression orale comme la poésie traditionnelle des peuples sans écriture — dont nos chansons sont les lointaines cousines — ou le théâtre, destiné à être reçu à travers la voix et le corps des comédiens. La technologie numérique est cependant peut-être en train de transformer le support traditionnel de la littérature et sa nature.

Le concept de littérature a été régulièrement remis en question par les écrivains comme par les critiques et les théoriciens : c’est particulièrement vrai depuis la fin du XIXe siècle où l’on a cherché à redéfinir – comme pour l’art – les fonctions de la littérature (par exemple avec la notion d’engagement pour Sartre, Qu’est-ce que la littérature ?) et sa nature (réflexion sur l’écriture et la lecture de Roland Barthes ou études des linguistes comme Roman Jakobson) et à renouveler les critères esthétiques (du « Il faut être absolument moderne » de Rimbaud au nouveau roman en passant par le surréalisme, par exemple).

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Fragonard, La Liseuse

Il reste que, riche de sa diversité formelle sans limite autant que de ses sujets sans cesse revivifiés qui disent l’humaine condition, la littérature est d’abord la rencontre entre celui qui, par ses mots, dit lui-même et son monde, et celui qui reçoit et partage ce dévoilement. La littérature apparaît donc comme une profération nécessaire, une mise en mots où se perçoit l’exigence profonde de l’auteur qui le conduit à dire et se dire.

Étymologie latine

Le mot français « littérature » provient d’un mot latin litteratura dérivé de littera, « lettre »,au sens de signe graphique servant à transcrire une langue.

Le dictionnaire Gaffiot[2] repère une évolution du sens du mot latin : il désigne d’abord (exemple de Cicéron, Ier siècle av. J.-C.) un ensemble de lettres constituant le fait d’écrire ou un ensemble de lettres constituées en alphabet (Tacite) ; le sens s’élargit ensuite au Ier siècle ap. J.-C. (ex. de Quintilien et Sénèque) à celui de grammaire, de philologie, c’est-à-dire à l’étude technique et érudite des textes écrits, pour aboutir avec Tertullien au début du IIIe siècle au sens de savoir, d’érudition dans le domaine des textes écrits.

Premières attestations en français

Selon le TLF[3], le mot est attesté au début du XIIe siècle (en 1121) avec le sens premier latin de « chose écrite »[4]. Le mot « littérature » ne retrouve le sens du latin tardif « érudition, savoir acquis par les livres » qu’à la fin du XVe siècle » : le TLF cite en exemple J. de Vignay et Philippe de Commynes.

Évolution du sens aux XVIIe ‑ XVIIIe siècles

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Nicolas Boileau, homme de plume et de théorie

Selon Philippe Caron[5], le mot « littérature » garde l’acception générale de « connaissance obtenue par les livres » jusqu’au XVIIe siècle : on dit alors « avoir de la littérature » comme on dit aujourd’hui « avoir de la culture », celle-ci recouvrant tous les domaines du savoir général ; ainsi en 1699, Fontenelle présente les mathématiques comme « un genre de littérature ».

Mais dans la deuxième moitié du siècle, parallèlement à l’acception généraliste, le mot s’applique de plus en plus à un savoir restreint, celui des « belles-lettres » liées au beau langage. Ce glissement s’explique par l’évolution sociale des élites sous Louis XIV où s’instaure la notion de l’honnête homme, apte à une vie sociale raffinée faite de pratiques culturelles valorisées comme la connaissance des œuvres littéraires, particulièrement celles de l’Antiquité qui nourrissent le théâtre classique tandis que les poètes exploitent les genres définis par Aristote comme la poésie épique.

Au XVIIIe siècle le mot « littérature » est tout à fait devenu synonyme de « belles-lettres », c’est-à-dire d’œuvres reconnues par les gens de goût et constituant la culture mondaine de l’époque formée par une meilleure éducation et par le monde des salons littéraires et des académies ; ainsi pour Voltaire : « La littérature désigne dans toute l’Europe une connaissance des ouvrages de goût ». Un autre exemple montre que le mot « littérature » avec son sens commun d’aujourd’hui est désormais bien installé au milieu du siècle des Lumières : en 1753 Charles Batteux titre son ouvrage « Cours de belles-lettres, ou Principes de la littérature » et le réédite en 1764 en ne gardant que « Principes de la littérature ». La même année paraît « L’école de littérature » de l’abbé Laporte dont le sous-titre de la 2e partie est sans ambiguïté : « Des règles particulières de chaque genre de Littérature en Prose et en Vers »[6].

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Caricature du poète maudit

Le mot évolue encore lentement à partir de 1750 vers le sens plus large de « création langagière écrite » laissant une place grandissante au jugement subjectif libéré de critères esthétiques contraignants : telle sera plus tard la conception romantique du poète créateur libre même s’il doit être un poète maudit, conception que préfigurait déjà dans son Discours préliminaire de l’Encyclopédie d’Alembert affirmant que les œuvres d’art relèvent principalement « de l’invention qui ne prend guère ses Lois que du génie ». Paul-Louis Courier[7] définit de la même façon dans les années 1820 une œuvre littéraire comme « produite par l’instinct et le sentiment du beau » donc par le sentiment de l’auteur et pas nécessairement celui de l’establishment.

Sens moderne

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Poètes français du XIXe siècle.

Vers 1800 le sens moderne est devenu le sens commun : le mot « littérature » s’applique à des textes auxquels « on » accorde une qualité esthétique que l’on peut discuter, qu’il s’agisse du jugement d’une institution de doctes exprimant le goût commun mais aussi de l’auteur ou du lecteur individuel : c’est l’emploi qu’en fait Madame de Staël dans son ouvrage emblématique « De la littérature » en 1799.

Au milieu du XIXe siècle le grammairien Bernard Jullien distingue encore « littérature » et « grammaire » : pour lui, la pointe ultime de la « haute grammaire » dépasse depuis l’Antiquité[8] la description des mécanismes de la langue pour aborder les critères du beau dans l’aspect formel et stylistique des textes. La littérature qui « classe et étudie les ouvrages (présentant un intérêt de style) »[9] va au-delà : elle prend en charge l’étude et le questionnement sur le fond, sur le contenu des œuvres, par exemple les thèmes abordés et les points de vue choisis par les auteurs, ce qui n’exclut évidemment jamais les interférences avec la morale comme le démontrent les procès faits à la même époque à Baudelaire et Flaubert pour atteinte aux bonnes mœurs en 1857. Bientôt la « grammaire » se limitera à la description de la langue, devenant un outil pour la littérature qui s’occupera de l’observation et à l’appréciation des aspects formels comme des contenus des œuvres. On peut noter que des « sciences » nouvelles comme la stylistique ou la linguistique reprendront dans la deuxième moitié du XXe siècle ce rôle de la haute grammaire dans l’étude des textes.

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La fille de Louis XV lisant

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La femme au livre est devenue un topos du portrait en peinture

Finalement, le champ de la « littérature » s’élargit au XXe siècle à toutes les productions écrites, non sans débats sur les canons littéraires : on discute aussi bien les contenus (sentimentalisme des romans de gare, pornographie et érotisme) que la forme (roman sans ponctuation, vers libre, écriture automatique). On utilise donc de plus en plus des catégories affinées comme roman historique, littérature de science fiction ou paralittérature, sans faire disparaître les désaccords sur la qualification littéraire de certains types d’œuvres comme le roman de gare, le roman-photo ou la bande dessinée. On remet également en cause la notion de genre littéraire et de types de texte ainsi que leur hiérarchisation comme on réévalue les œuvres du passé (exemple récent : Charles Dantzig Dictionnaire égoïste de la littérature française, 2005).

La littérarité : questions à la littérature

Les débats esthétiques et moraux ne seront d’ailleurs jamais clos d’autant que les ambitions des auteurs ne correspondent pas nécessairement avec les attentes des lecteurs, posant ainsi la question des avant-gardes qui apparaissent à chaque génération ou presque depuis 1830 et que reflètent les mouvements littéraires qui se sont succédé comme le romantisme, le naturalisme, le décadentisme, le dadaïsme… Le découpage en périodes historiques ou en aires linguistiques fait aussi débat et se conjugue avec d’autres éclairages : distinction des auteurs selon le sexe (littérature féminine), l’orientation sexuelle (littérature « gay »), des approches politiques (littérature communiste), etc.

La littérature s’interroge également régulièrement sur sa nature et sur son rôle depuis la fin du XIXe siècle dans la pratique (ex. Lautréamont, Mallarmé, Camus) comme dans la théorisation (ex. Paul Valéry, Sartre). D’abord surtout centrée sur la poésie par les « modernes » (Surréalistes, Lettristes, Oulipo), la réflexion s’est portée sur le Roman avec le Nouveau Roman dans les années 1950-1970 et « l’ère du soupçon » qui remet en cause la notion de personnage, la chronologie, ou sur des genres nouveaux comme l’autofiction aujourd’hui, et également dans le théâtre (Antonin Artaud – théâtre éclaté de Beckett ou Ionesco). Des débats se sont ainsi ouverts portés par les créateurs comme par les universitaires et les critiques, par exemple à propos du lien entre l’œuvre et l’auteur récusé par Proust contre Sainte-Beuve, ou de la « mort de l’auteur » que proclame Roland Barthes pour qui la place majeure revient au lecteur qui réécrit le texte pour lui-même.

En fait la « littérarité d’un texte », c’est-à-dire ce qui fait qu’un texte est littéraire, appartient à la littérature, est toujours la question centrale : des approches comme le structuralisme avec Roland Barthes, la narratologie de Gérard Genette, la stylistique, définie comme une « linguistique des effets du message par Michael Riffaterre ou l’analyse du schéma de la communication et des fonctions du langage de Roman Jakobson cherchent à bâtir une approche technique et plus objective des textes qui se heurte néanmoins à des oppositions fortes, par exemple celle d’Henri Meschonnic[10].

Statut de la littérature et de l’écrivain

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La mort de la littérature ?

La littérature se questionne aussi face à la concurrence du cinéma, et de la télévision et face à l’usage récent des Technologies de l’information et de la communication et de l’informatique dans la production et la diffusion des textes qui posent la question plus générale de la place de l’écrit dans le monde post-moderne. Cependant, nul doute envers l’avenir de la littérature: elle dérive de l’Écriture. Et on ne peut effacer le rôle de l’Écriture, elle remplace ce qui est dit, parlé, de voie orale.

Enfin, les littérateurs (mis à part les dramaturges ou les auteurs de chansons qui affrontent le monde de la scène et de la diffusion musicale) n’existent traditionnellement qu’à travers l’édition de leurs textes en ouvrage ou dans les journaux. Les rapports avec le monde de l’édition sont donc cruciaux pour la littérature et les écrivains qui ont eu à imposer la notion d’auteur garant de l’œuvre et l’existence de droits d’auteur (droits financiers et moraux) à la suite de Beaumarchais, à l’initiative de la Société des auteurs et compositeurs dramatiques, en 1777, et d’Honoré de Balzac avec sa « Lettre aux écrivains du XIXe siècle » parue dans la Revue de Paris en 1834[11] qui a abouti en 1838 à la création de Société des gens de lettres. Cependant seul un nombre très limité de créateurs de littérature peut vivre de sa plume, ce qui continue à poser la question du statut de l’écrivain.

Sens, annexes et famille de mots

  • le sens premier de « savoir contenu dans les livres » perdure d’une certaine façon quand le mot désigne l’ensemble des écrits se rapportant à un sujet (ex; il existe une abondante littérature sur l’école – littérature médicale).
  • le sens métonymique du XVIIe siècle demeure : le fait de produire des œuvres littéraires ou carrière dans l’écriture (ex; la littérature ne nourrit pas son homme – entrer en littérature). Il peut aussi désigner: « Tout le corps des gens de lettres » (déjà dans le dictionnaire Richelet en 1680) mais on utilise plutôt l’expression « la République des Lettres ».
  • le mot a parfois un sens péjoratif, soulignant le caractère artificiel et vain d’un écrit comme dans le vers fameux de Verlaine « Et tout le reste est littérature » .
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Gustave Flaubert mit 5 ans à écrire Madame Bovary.

Mots de la famille :

  • l’adjectif « littéraire » existe depuis le XVIe siècle s mais ne trouve son emploi qu’au début du XVIIIe siècle pour désigner « ce qui appartient au savoir tiré des livres, aux Lettres comme aux Sciences ». Très vite il renvoie aux belles-lettres vers 1760 (comme le mot littérature), par exemple dans des emplois comme « société littéraire » ou « journal littéraire ».
  • le nom « littérateur » apparaît au début XVIIIe pour désigner quelqu’un qui s’occupe de littérature.
  • le verbe « Littératurer » au sens de faire de la littérature, plutôt péjoratif ou moqueur (exemple du TLF : Flaubert afin que nous ayons nos aises pour littératurer à loisir » – Cendrars «  Sartre et tous ces jeunes littérateurs littératurants »).
Dans : evolution de la litterature
Par ermelindabilcari
Le
A 19 h 55 min
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La poésie

La poésie est un genre littéraire très ancien aux formes variées, écrites généralement en vers, mais qui admet aussi la prose, et qui privilégie l’expressivité de la forme. Sa définition se révèle difficile, et varie selon les époques, au point que chaque siècle peut lui trouver une fonction et une expression différente aussi d’un poète à l’autre. Le terme « poésie » et ses dérivés viennent du grec ancien ποίησις, et s’écrivait, jusqu’en 1878 poësie (le tréma marquait une disjonction entre les voyelles « o » et « e »). ποιεῖν (poiein) signifie « faire, créer » : le poète est donc un créateur, un inventeur de formes expressives, ce que révèlent aussi les termes du Moyen Âge, comme trouvère et troubadour. Le poète, héritier d’une longue tradition orale, privilégie la musicalité et le rythme, d’où, dans la plupart des textes poétiques, le recours à une forme versifiée qui confère de la densité à la langue. Le poète recherche aussi l’expressivité par le poids accordé aux mots comme par l’utilisation des figures de style et au premier chef des images et des figures d’analogie, recherchées pour leur force suggestive.

La poésie s’est constamment renouvelée au cours des siècles avec des orientations différentes selon les époques, les civilisations, les aires culturelles et les individus. On peut par exemple distinguer le poète artiste soucieux d’abord de beauté formelle, le poète « lyrique » qui cultive le « chant de l’âme », le poète prophète, découvreur du monde et « voyant » ou le poète engagé, sans cependant réduire un créateur à une étiquette simplificatrice[1].


Origines 
Histoire

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Homère par Philippe-Laurent Roland.

Dans l’Antiquité grecque toute expression littéraire est qualifiée de poétique, qu’il s’agisse de l’art oratoire, du chant ou du théâtre : tout « fabricant de texte » est un poète comme l’exprime l’étymologie. Les philosophes grecs cherchent à affiner la définition de la poésie et Aristote dans sa Poétique identifie trois genres poétiques : la poésie épique, la poésie comique et la poésie dramatique[2]. Plus tard les théoriciens de l’esthétique retiendront trois genres : l’épopée, la poésie lyrique et la poésie dramatique (incluant la tragédie comme la comédie), et l’utilisation du vers s’imposera comme la première caractéristique de la poésie, la différenciant ainsi de la prose, chargée de l’expression commune que l’on qualifiera de prosaïque.

Le mot poésie évoluera encore vers un sens plus restrictif en s’appliquant aux textes en vers qui font un emploi privilégié des ressources rhétoriques, sans préjuger des contenus : la poésie sera descriptive, narrative et philosophique avant de faire une place grandissante à l’expression des sentiments.

En effet, première expression littéraire de l’humanité, utilisant le rythme comme aide à la mémorisation et à la transmission orale, la poésie apparaît d’abord dans un cadre religieux et social en instituant les mythes fondateurs dans toutes les cultures que ce soit avec l’épopée de Gilgamesh, (IIIe millénaire av. J.‑C.) en Mésopotamie, les Vedas, le Rāmāyana ou le Mahabharata indiens, la Poésie dans l’Égypte antique, la Bible des Hébreux ou l’Iliade et l’Odyssée des Grecs, l’Enéide des Latins.

Entre Apollon et Dionysos

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Apollon, la Poésie et la Musique ; Opéra Garnier, sculpture en bronze et en feuille d’or d’Aimé Millet.

La poésie fut marquée par l’oralité et la musicalité dès ses origines puisque la recherche de rythmes particuliers, comme l’utilisation des vers, et d’effets sonores, comme les rimes, avait une fonction mnémotechnique pour la transmission orale primitive. Cette facture propre au texte poétique fait que celui-ci est d’abord destiné à être entendu plutôt qu’abordé par la lecture silencieuse.

Placées sous l’égide d’Orphée et d’Apollon musagète, dieu de la beauté et des arts[3]., et associées à la muse Érato, musique et poésie sont également étroitement liées par la recherche de l’harmonie et de la beauté, par le Charme, au sens fort de chant magique. Depuis l’essai La Naissance de la Tragédie de Nietzsche, on considère que la création poétique hésitera cependant constamment entre l’ordre et l’apaisement apolliniens (qu’explicite Euripide dans Alceste : « Ce qui est sauvage, plein de désordre et de querelle, la lyre d’Apollon l’adoucit et l’apaise ») et la « fureur dionysiaque »[4] qui renvoie au dieu des extases, des mystères, des dérèglements et des rythmes des forces naturelles que l’on découvre par exemple dans le Dithyrambe de l’Antiquité grecque[5].

Technique

Article détaillé : Fonction poétique.

En linguistique, la poésie est décrite comme un énoncé centré sur la forme du message donc où la fonction poétique est prédominante[6]. Dans la prose au sens général, l’important est le « signifié », elle a un but « extérieur » (la transmission d’informations) et se définit comme une marche en avant que peut symboliser une flèche et que révèle la racine latine du mot qui signifie « avancer ». En revanche, pour la poésie, l’importance est orientée vers la « forme », vers le signifiant, dans une démarche « réflexive », symbolisée par le « vers » qui montre une progression dans la reprise avec le principe du retour en arrière (le vers se « renverse ») que l’on peut représenter par une spirale.

La poésie ne se définit donc pas par des thèmes particuliers mais par le soin majeur apporté au signifiant pour qu’il démultiplie le signifié : l’enrichissement du matériau linguistique prend en effet en compte autant le travail sur les aspects formels que le poids des mots, allant bien au-delà du sens courant du terme « poésie » qui renvoie simplement à la beauté harmonieuse associée à une certaine sentimentalité. L’expression poétique offre cependant au cours de l’Histoire des orientations variées selon la dominante retenue par le poète.

Ver

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Calligramme, Guillaume Apollinaire.

La mise en page du texte poétique est traditionnellement fondée sur le principe du retour et de la progression dans la reprise que figure l’utilisation du vers[7] (régulier ou non), même s’il existe des formes métissées comme le poème en prose ou la prose poétique qui reprennent les caractéristiques du texte poétique (d’où leur dénominations) comme l’emploi des images et la recherche de sonorités ou de rythmes particuliers. Ces vers sont souvent regroupés en strophes et parfois organisés dans des poèmes à forme fixe comme le sonnet ou la ballade.

La poésie métrée utilise des vers définis par le nombre de leurs syllabes comme l’alexandrin français, alors que la poésie scandée joue sur la longueur des pieds (et sur leur nombre) comme dans l’hexamètre dactylique grec et latin, ou sur la place des accents comme dans le pentamètre iambique anglais. Le haïku (ou haïkou) japonais, qui a acquis une diffusion internationale, fait traditionnellement appel à trois vers de cinq, sept et cinq syllabes. Les poètes modernes se libèrent peu à peu de ces règles : par exemple les poètes français introduisent dans la deuxième moitié du XIXe siècle le vers libre puis le verset, et en remettant aussi en cause les conventions classiques de la rime qui disparaît largement au XXe siècle. Des essais graphiques plus marginaux ont été tentés par exemple par Mallarmé (Un coup de dés jamais n’abolira le hasard), Apollinaire (Calligrammes) ou Pierre Reverdy, en cherchant à parler à l’œil et plus seulement à l’oreille, tirant ainsi le poème du côté du tableau.

Musicalité

L’origine orale et chantée de la poésie qu’évoquent la lyre d’Orphée ou la flûte d’Apollon marque l’expression poétique qui se préoccupe des rythmes avec le compte des syllabes (vers pairs / vers impairs, « e muet » …) et le jeu des accents et des pauses (césure, enjambement…). La poésie exploite aussi les sonorités particulièrement avec la rime (retour des mêmes sons à la fin d’au moins deux vers avec pour base la dernière voyelle tonique) et ses combinaisons de genre (rimes masculines ou féminines), de disposition (rimes suivies, croisées ou embrassées) et de richesse (rimes plates, suffisantes ou riches). Elle utilise aussi les reprises de sons dans un ou plusieurs vers (allitérations et assonances), le jeu du refrain (comme dans la ballade ou le Pont Mirabeau d’Apollinaire) ou la correspondance entre le son et le sens avec les harmonies imitatives (exemple fameux : « Pour qui sont ces serpents… » Racine) ou les rimes sémantiques (automne/monotone).

Poids des mots

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Portrait de Mallarmé par Édouard Manet.

Le poète exploite toutes les ressources de la langue en valorisant aussi les mots par leur rareté et leur nombre limité : on parle parfois de « poésie-télégramme » où chaque mot « coûte » comme dans le sonnet et ses 14 vers ou dans la brièveté extrême du haïku japonais de trois vers, voire du monostiche d’un seul vers. L’enrichissement passe aussi par la recherche de sens rares et de néologismes (par exemple « incanter » dans Les Sapins d’Apollinaire, qui, « graves magiciens //Incantent le ciel quand il tonne », ou « aube » associé aux Soleils couchants par Verlaine), par les connotations comme l’Inspiration derrière la figure féminine dans les Pas de Paul Valéry (« Personne pure, ombre divine,/ Qu’ils sont doux, tes pas retenus ! ») ou par des réseaux lexicaux tissés dans le poème comme la religiosité dans Harmonie du soir de Baudelaire. Le poète dispose d’autres ressources encore comme la place dans le vers ou dans le poème (« trou de verdure » dans le premier vers du Dormeur du val de Rimbaud auquel répondent les « deux trous rouges au côté droit » du derniers vers) ou les correspondances avec le rythme et les sonorités (« L’attelage suait, soufflait, était rendu. … » La Fontaine, Le Coche et la mouche )…

Le poète joue également de la mise en valeur des mots par les figures de style comme les figures d’insistance comme l’accumulation, le parallélisme ou l’anaphore (exemple : « Puisque le juste est dans l’abîme, /Puisqu’on donne le sceptre au crime, / Puisque tous les droits sont trahis, / Puisque les plus fiers restent mornes, /Puisqu’on affiche au coin des bornes / Le déshonneur de mon pays… », Victor Hugo, les Châtiments, II, 5), les figures d’opposition comme le chiasme ou l’oxymore (« le soleil noir de la Mélancolie » Gérard de Nerval), les ruptures de construction comme l’ellipse ou l’anacoluthe (« Exilé sur le sol au milieu des huées, /Ses ailes de géant l’empêchent de marcher », Baudelaire l’Albatros) et bien sûr les figures de substitution comme la comparaison et la métaphore, (de Ronsard et Du Bellay à Jacques Prévert ou Eugène Guillevic en passant par Hugo, Apollinaire, les surréalistes et bien d’autres). L’emploi de l’image est d’ailleurs repéré comme une des marques de l’expression poétique ; un seul exemple emblématique de métaphore filée en rendra compte : « (Ruth se demandait …) Quel Dieu, quel moissonneur de l’éternel été / Avait, en s’en allant, négligemment jeté / Cette faucille d’or dans le champ des étoiles », (Victor Hugo, Booz endormi).

Genres et courants

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Pierre de Ronsard, peinture de l’École de Blois – XVIe siècle.

La définition de genres poétiques a toujours été discutée en débattant de critères formels et/ou de critères de contenu (d’objet) et, par ailleurs, la poésie moderne en faisant éclater les genres traditionnels (poésie lyrique, épique, engagée, spirituelle, narrative, descriptive…) et en devenant une expression totalisante et libre rend encore plus difficile la catégorisation[8].

Cependant, sans s’enfermer trop dans la terminologie formaliste, on peut observer des « dominantes » clés dans l’expression poétique, Roman Jakobson définissant la dominante comme « l’élément focal d’une œuvre d’art » qui gouverne, détermine et transforme les autres éléments (voir Antoine Compagnon[9]). L’opposition la plus simple se fait entre une orientation vers la forme (orientation « esthétique ») et une orientation vers le contenu (orientation « sémantique »), évidemment sans exclusion de l’autre puisque d’une part il y a sens dès qu’il y a mots et que, d’autre part, il y a expressivité formelle sans cela il n’y aurait pas écriture poétique. Cette dernière orientation multiple et complexe est parfois dite aussi « ontologique » (comme par Olivier Salzar[10]), parce que renvoyant « au sens de l’être considéré simultanément en tant qu’être général, abstrait, essentiel et en tant qu’être singulier, concret, existentiel » (TLF). Son champ très vaste peut à son tour être subdivisé en trois dominantes (définies par le modèle du signe présenté par Karl Bühler : « Le signe fonctionne en tant que tel par ses relations avec l’émetteur, le récepteur et le référent »[11]. Ces trois dominantes, là encore non exclusives, sont la dominante « expressive » ou « émotive » ou lyrique au sens étroit, tournée vers le moi du poète, la dominante « conative », orientée vers le destinataire que le poète veut atteindre en touchant sa conscience et sa sensibilité comme dans la poésie morale et engagée, et la fonction « référentielle », tournée vers un « objet » extérieur, vers le chant du monde dans des perceptions sensibles, affectives ou culturelles comme dans la célébration ou la poésie épique où le poète rend sensible la démesure des mythes.

Mais ce découpage n’est qu’un éclairage : la poésie, plus que tout autre genre littéraire, pâtit de ces approches des « doctes » alors qu’elle est d’abord la rencontre entre celui qui, par ses mots, dit lui-même et son monde, et celui qui reçoit et partage ce dévoilement. En témoigne par exemple une œuvre inclassable comme les Chants de Maldoror de Lautréamont.

Poète artiste

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Portrait de José-Maria de Heredia par Émile Lévy.

Le souci de la forme est bien sûr constant chez les poètes et des règles prosodiques s’élaborent peu à peu aux XVIe et XVIIe siècles (compte du « e muet », diérèse/synérèse, césure, pureté des rimes…) — avec le Parnasse. Cette importance accordée au travail poétique passe par les Grands rhétoriqueurs de la fin du XVe siècle puis la Pléiade et les classiques (« Beauté, mon beau souci » dira François de Malherbe), avant de réapparaître au XIXe siècle en réaction aux effusions et aux facilités de la poésie romantique. Les théoriciens et praticiens de l’art pour l’art, partageant la conviction que « l’art vit de contraintes et meurt de liberté », comme le dira au siècle suivant Paul Valéry, défendront les règles traditionnelles (vers syllabique, rimes, poèmes à forme fixes comme le sonnet) avec Théophile Gautier ou les Parnassiens comme Théodore de Banville, Leconte de Lisle ou José-Maria de Heredia. Cette conception esthétique[12] ira même avec Mallarmé jusqu’à un certain hermétisme en cherchant à « donner un sens plus pur aux mots de la tribu » et à relever des défis formels (comme le sonnet en -ixe/-yx de Mallarmé, les Calligrammes d’Apollinaire, etc.) que systématiseront au milieu du XXe siècle les jeux de l’Oulipo et de Raymond Queneau (Cent mille milliards de poèmes), Georges Perec ou Jacques Roubaud.

On peut également, au-delà du paradoxe apparent, rattacher à ce courant poétique qui met l’accent sur la « forme », les démarches d’Henri Michaux dont Le Grand Combat (Qui je fus ?, 1927) est écrit dans une langue inventée faite de suggestion sonore, ou encore les expérimentations « lettristes » d’Isidore Isou. Les impasses de cette poésie coupée de l’âme et parfois très rhétorique seront régulièrement combattues au nom de la souplesse et de la force de la suggestion, par exemple par Paul Verlaine et les poètes symbolistes ou décadentistes de la fin du XIXe siècle, qui revendiqueront une approche moins corsetée de la poésie. Cette conception d’un art libéré des contraintes l’emportera largement au XXe siècle où la poésie deviendra une expression totalisante, au-delà des questions de forme.

Des formes contraintes comme le haïku, bref poème japonais, relèvent de cette préoccupation formelle tout en lui associant une expression lyrique.

Poète « lyrique »

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Portrait d’Alphonse de Lamartine par Henri Decaisne.

Si le mot « poétique » a dans son acception quotidienne le sens d’harmonieux et de sentimental, c’est à l’importance de la poésie lyrique qu’il le doit. Celle-ci, orientée vers le « moi » du poète[13], doit son nom à la lyre qui a appartenu à Orphée et Apollon et qui, dans l’Antiquité, accompagnait les chants qu’on ne distinguait pas alors de la poésie mais ne doit pas se limiter à la petite musique personnelle du poète chantant un des thèmes traditionnels et à priori poétiques comme l’amour, la mort, la solitude, l’angoisse existentielle, la nature ou la rêverie. En effet la poésie a su faire entrer la modernité dans le champ poétique y compris dans ses aspects les plus surprenants ou les plus prosaïques (« Une charogne » chez Baudelaire, la ville industrielle chez Verhaeren et le quotidien trivial chez Verlaine dans ces vers de Cythère, dans Les fêtes galantes, « l’Amour comblant tout, hormis / La faim, sorbets et confitures / Nous préservent des courbatures »…). En fait la variété des voix est extrême, avec cependant des courants dominants selon les époques, comme le romantisme et le symbolisme au XIXe siècle ou le surréalisme au XXe siècle.

Les formes évoluent elles-aussi passant par exemple du long poème romantique (À Villequier de Victor Hugo ou les Nuits d’Alfred de Musset) au sonnet régulier de Baudelaire puis aux formes libres des symbolistes et à l’expression jaillissante de l’inconscient avec les Surréalistes avant la spontanéité de l’expression orale de Jacques Prévert dans Paroles par exemple.

La poésie lyrique est pour le poète le canal d’expression privilégiée de sa sensibilité et de sa subjectivité que symbolise le Pélican (Nuit de mai) d’Alfred de Musset. Mais cette poésie va au-delà de la confidence pour exprimer l’humaine condition et Hugo proclame dans la Préface des Contemplations : « Quand je parle de moi, je vous parle de vous ! ». Ce « chant de l’âme », domaine privilégié du « je », auquel adhère cependant le destinataire, s’oppose donc à la poésie descriptive et objective voire rhétorique des Parnassiens ou à la poésie narrative des romans du Moyen Âge et au genre épique qui traite de thèmes héroïques et mythiques avec rythme et couleur ou encore à la poésie d’idées (Lucrèce, Ovide, Voltaire) pour laquelle la forme poétique n’est pas le souci premier.

Poète prophète, découvreur du monde

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Rimbaud par Étienne Carjat (1872).

L’art de la poésie est aussi traditionnellement associé au « don de poésie », c’est-à-dire à une fonction quasi divine du poète inspiré, en relation avec les Muses et le sacré, à qui revient le rôle de décodeur de l’invisible[14] . C’est la conception de l’Antiquité représentée par Platon qui fait dire à Socrate (dans Ion) à propos des poètes : « Ils parlent en effet, non en vertu d’un art, mais d’une puissance divine ». Au XVIe siècle, la Pléiade reprendra cette perspective et Ronsard écrira ces vers dans son Hymne de l’Automne : « M’inspirant dedans l’âme un don de poësie,/ Que Dieu n’a concédé qu’à l’esprit agité/ Des poignants aiguillons de sa Divinité./ Quand l’homme en est touché, il devient un prophète ») et c’est dans cette lignée que s’inscriront les poètes romantiques et après eux Baudelaire et les poètes symbolistes. Cette fonction particulière du poète trouvera un partisan exemplaire avec Arthur Rimbaud qui dans sa fameuse lettre à Paul Demeny demande au Poète de se faire « voyant par un long, immense et raisonné dérèglement de tous les sens » et d’être « vraiment voleur de feu », et de trouver « du nouveau, – idées et formes », en évoquant ailleurs « l’alchimie du verbe » qui doit être l’instrument du poète-découvreur.

Après la Première Guerre mondiale et après Apollinaire, défenseur lui aussi de « L’esprit nouveau », les surréalistes, héritiers de cet enthousiasme rimbaldien, confieront à l’image poétique le soin de dépasser le réel et d’ouvrir des « champs magnétiques » novateurs mettant au jour l’inconscient, ce que formulera Louis Aragon dans Le Paysan de Paris en parlant de « l’emploi déréglé et passionnel du stupéfiant image ».

Dans les années 1950-1970, revenant sur cette systématisation de l’image, les poètes s’orienteront davantage vers une poésie-célébration, un chant du monde orphique ou vers une poésie lyrique, chant de l’âme qui fait entendre la voix personnelle des poètes comme celle de Jules Supervielle, René Char ou Yves Bonnefoy.

Poète engagé

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Portrait de Victor Hugo par Léon Bonnat (1879).

Cependant[15], certains Romantiques et particulièrement Victor Hugo feront entrer le poète dans la Cité en lui attribuant un rôle de guide pour le peuple. De prophète, il devient Messie comme l’expose le célèbre « Fonction du poète » (les Rayons et les Ombres, 1840) où Victor Hugo définit le poète comme « le rêveur sacré », élu de Dieu « qui parle à son âme », devenu porteur de lumière et visionnaire, « des temps futurs perçant les ombres ». La poésie engagée des Châtiments, à la fois épique et satirique, sera l’étape suivante pour Victor Hugo qui se posera comme l’Opposant à « Napoléon le petit ». Jehan Rictus témoigne avec sa poésie singulière de la vie des pauvres à la fin du XIXe siècle, contrastant avec le naturalisme distancié de Zola.

Les engagements religieux, (de Charles Péguy par exemple), ou idéologiques retrouveront au XXe siècle comme un lointain héritage de Ronsard (Discours) ou d’Agrippa d’Aubigné avec Louis Aragon, chantre du communisme (Hourra l’Oural, 1934), Paul Claudel, pétainiste en 1941 (Paroles au Maréchal) ou Paul Éluard (Ode à Staline, 1950) ou encore Jacques Prévert et ses positions anarchisantes dans Paroles (1946-1949).

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Léopold Sédar Senghor en 1980

Les poètes de la Négritude, Aimé Césaire et Léopold Sédar Senghor notamment, représentent quant à eux une branche particulière de la poésie francophone du XXe siècle, dont l’engagement et les idées véhiculées, très forts, sont encore assez confidentiels en France. Édouard Glissant, poète du « Tout-Monde » et de la « Philosophie de la relation » en sera le digne fils spirituel au XXIe siècle. Aimé Césaire est le chantre des Antilles, ayant la volonté de « plonger dans la vérité de l’être »[16], hanté par la question du déracinement des descendants d’esclaves (Cahier d’un retour au pays natal). Léopold Sédar Senghor a créé une poésie à vocation universelle ayant l’espérance comme leitmotiv, l’utilisation de la langue française et les références positives à la culture françaises mêlent aux sujets historiques africains qu’il vivifie (Chaka). Il faut ajouter qu’avec et à la suite de ces deux grands poètes négro-africains, d’autres poètes noirs comme Léon Gontran Damas, membre du mouvement de la Négritude, David Diop, Jacques Rabemananjara ont mis leur poésie au service de la libération de l’homme noir en général et de l’indépendance du continent africain en particulier. Dans l’après-guerre, René Depestre, poète engagé venu d’Haïti, est une voix qui parle de l’homme noir, mais aussi de l’homme universel.

Avec L’Honneur des poètes[17], certains poètes participent à la Résistance en publiant clandestinement des œuvres importantes. C’est le cas de Louis Aragon (Les Yeux d’Elsa, 1942 ; La Diane Française, 1944), de Paul Éluard (Poésie et vérité, 1942 ; Au rendez-vous allemand, 1944), de René Char (Feuillets d’Hypnos, 1946) ou de René Guy Cadou (Pleine Poitrine, 1946). Les poètes ne seront d’ailleurs pas épargnés par l’extermination nazie : Robert Desnos mourra dans un camp allemand et Max Jacob dans le camp de Drancy. Plus récemment, des chanteurs comme Léo Ferré ou Jean Ferrat, dans la lignée des poètes surréalistes, ont chanté leur engagement.

Poésie d’avant-garde

Une autre forme d’engagement se fait jour au XXe siècle, une poésie contestataire, tant au niveau politique qu’au niveau linguistique. Cet élan, synthétisé sous le nom d’avant-garde, est né avec les Futuristes italiens et russes et le mouvement Dada. Il s’est fondé sur la dénonciation de la liaison entre le pouvoir politique et le langage et s’est développé sous des formes diverses jusqu’à nos jours. Les avant-gardes ont fait évoluer la poésie vers un abandon progressif du vers rimé et mesuré et de la composition en strophes. Cela a commencé avec le « vers libre standard du surréalisme » (Jacques Roubaud) et s’est précipité dans les années 1960 avec une démolition complète, par exemple chez Denis Roche.

Dans : origine de la poesie
Par ermelindabilcari
Le
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